SI HAMZA BOUBAKER Directeur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris de 1957 à 1982

Son nom réel est Aboubakeur ben Hamza ben Kadour dit El Kebir (le grand) de la tribu mystique et guerrière de Ouled Sidi Cheikh du Sud Oranais (Algérie). Il est né le 15/06/1912 dans l’Oasis de Brezina située aux confins des hauts plateaux sahariens de l’atlas de même nom et du grand sud.

Il est issu d’une famille qui s’illustra dans sa lutte contre la pénétration française dans le sud algérien. En 18 années de lutte (1864-1882) cette aristocratie guerrière qui se reconnaît pour ancêtre le premier calife de l’Islam (Abou Bekr) avait subi de nombreux sacrifices et perdu de grands martyrs comme Si Slimane Ben Hamza vainqueur du colonel de Beauprètre en 1864.

Le destin de Si Hamza BOUBAKEUR devait suivre les bouleversements d’un monde qui au 20ème siècle allait passer de la tradition la plus ancestrale aux apports universitaires de la culture française (occidentale) tout en maintenant un équilibre permanent entre tradition et modernité.

Le début de son existence est plongée profondément dans sa culture ancestrale où l’étude coranique et l’environnement saharien allaient marquer d’une trace indélébile l’esprit de l’enfant précoce qui à l’age de 12 ans, à la surprise générale, est admis au lycée d’Oran.

Pressentant les changements d’un monde en pleine mutation, son père grand seigneur des tribus sahariennes admet non sans une certaine méfiance la scolarité du lycéen qui de son côté assimile avec les résultats les plus brillants tous les programmes de la 6ème à la terminale. Ses professeurs garderont de lui l’image d’un jeune homme promis à un destin hors du commun.

Littéraire et mathématicien à la fois, il acquiert une solide formation dans les sciences et les langues (allemand, anglais, latin, français…..) qu’on lui enseigne et s’engage dans une licence de science. La mort de son père en 1932 l’oriente vers la licence puis l’agrégation d’arabe. Devenu professeur en 1936 il enseigne dans les deux collèges (garçons et filles) de Philippeville (Skikda).

Il fonde sa famille, mais la guerre de 1940 le rappelle à Alger où ses connaissances de l’allemand de l’arabe et du français le désignent tout naturellement aux émissions de Radio Alger, sous les bombardements épisodiques des raids allemands.

Il enseigne au lycée Bugeaud à Alger et se lie avec les mouvements nationalistes algériens en ouvrant les colonnes de son journal ” As-Salam Ifriqiya “. Son engagement de jeune intellectuel musulman nationaliste défendant avec acharnement la dignité des siens ainsi que l’émergence de la femme algérienne dans les mille et un conflits qui opposent les musulmans du sud et du Nord de l’Algérie à l’administration coloniale. Son audience grandit parmi les siens et le fait remarquer à Paris même où il s’était engagé avec ses amis socialistes dès 1936.

En pleine bataille d’Alger (1957), la tourmente vaudra à tous les intellectuels en vue, de sérieuses difficultés. Appelé à Paris où se discutait la succession de Si Kadour Ben Ghabrit, fondateur de la Mosquée de Paris mort en 1954, il est désigné officiellement par le gouvernement français comme directeur de l’institution.

En 1958, malgré toutes ses réserves, il est élu député des Oasis puis président du conseil général de cette région d’Algérie pour laquelle il se consacrera corps et âme.

A la Mosquée de Paris, il exerce un rayonnement extraordinaire par ses travaux, ses conférences, et recueille la haute estime dans laquelle le tiennent les académies et institutions internationales où il va magistralement représenter et exposer les valeurs de l’Islam.

En 1965, il est chargé de la traduction et du commentaire du saint Coran, tache qui va le mobiliser durant une vingtaine d’années. Ce travail est édité et réédité en France et dans le monde entier. Il constitue par les commentaires une œuvre majeure au service de l’Islam et de la francophonie.

En 1985, il publie son Traité moderne de théologie musulmane (éditions Maisonneuve & Larose), en même temps il traduit la ” Burda ” (manteau) de Al Busiri, poème panégyrique du prophète de l’Islam. Il publie également : ” Un saint soufi algérien : Sidi Cheikh ” et un autre ouvrage consacré à des poètes sahariens célèbres.

Ses publications ne se comptent plus, et ses avis recherchés dans le domaine du droit, de l’histoire, de la philosophie et particulièrement dans la bioéthique lui permettent d’exposer la doctrine de l’Islam en matière de transplantation, de génétique, d’euthanasie, de procréations assistées par des fatwas admises dans le monde musulman.

Sa notoriété lui vaut l’honneur d’être admis par ses pairs d’El Azhar, et d’échanger des communications avec les Awkafs d’Alger, de Tunis, d’Egypte ainsi qu’avec les principaux cheikhs d’Arabie.

Il est également convié à de nombreux congrès par les musulmans qui s’éveillent en URSS et en Afrique où son nom a même été adopté par une université du Mali et du Sénégal. Ses travaux font autorité et sa traduction commentée du Coran est demandée jusqu’à épuisement de toutes les éditions.

Sa fidélité à sa terre natale (Algérie) qu’il porta très haut dans son cœur a fait qu’il fut enterré dans les sables, parmi ses ancêtres en 1995 au milieu de ce Sahara qui marqua si profondément son existence.

Travaux :

  • traduction du Coran,
  • traité moderne de théologie,
  • poème de la Burda,
  • un soufi saharien Sidi Cheikh,
  • Trois poètes algériens