Conférence de presse du Recteur Chems-eddine HAFIZ

Me Chems-eddine HAFIZ, Recteur de la Grande Mosquée de Paris, a tenu une conférence de presse ce jeudi matin 16 janvier 2020 en présence du Docteur Dalil BOUBAKEUR.

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Après avoir délivré une allocution de présentation et d’orientation, il a répondu à toutes questions posées par les journalistes présents. 

VOIR CI-APRÈS LE TEXTE COMPLET DE SON ALLOCUTION

Le jeudi 16 janvier 2020

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Monsieur le Recteur Dalil Boubakeur, Cher Ami,

Mesdames et Messieurs,

À l’occasion de mon élection, ce samedi 11 janvier 2020, en qualité de Recteur de la Grande Mosquée de Paris, j’ai souhaité vous convier afin de m’adresser, à travers vous, à tous les Français.

Au préalable, il m’est agréable de vous présenter mes vœux les plus sincères pour cette année 2020, et par votre intermédiaire, à l’ensemble des Français.

Que la paix, la quiétude et la bienveillance règnent au-dessus de nos têtes et dans nos cœurs.

Que cette nouvelle année dispense de la santé à ceux qui vivent dans la souffrance, de la prospérité pour les desseins de chacun et que la sérénité vienne apaiser toutes les inquiétudes, les craintes et les peurs afin que le vivre-ensemble, dans le bonheur partagé, devienne une réalité.

Que 2020 permette de faire entendre les voix des femmes et des hommes de bonne volonté, appelés à agir dans le respect de l’altérité et de la fraternité, les seules véritables armes à même de restaurer l’humanisme perdu et combien nécessaire pour un avenir des Lumières.

Pour cela, la paix est un préalable.

« Qui vit en paix avec lui-même, vit en paix avec l’univers », disait le philosophe Marc Aurèle, empereur romain.

Cette parole de sagesse, adoptons-là pour nous éloigner de tous les tourments !

Si je cite Marc Aurèle en préambule, ce n’est point un hasard.

Je me reconnais dans sa philosophie qui est une incitation à aller à la rencontre de l’autre, à le comprendre, à cheminer avec lui, autant que faire se peut, dans une même direction.

Ce sont là des principes qui nourrissent mon énergie et ma foi, dans ce que j’entreprends, surtout lorsque je constate qu’il y a convergence entre le propos du philosophe et ce que je lis, à l’aurore des jours qui se lèvent, dans la lettre et dans l’esprit des textes énonçant les fondements de l’islam.

Ainsi, le Coran nous dit-il :

« Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez ».

Dans ce monde, dont on dit qu’il se serait transformé en village, du fait d’une politique de mondialisation poussée, où tout est pensé en termes de globalisation, de consumérisme, d’hédonisme, d’individualisme voire d’égoïsme, la rencontre de l’Autre, notre semblable et notre frère en humanité, est devenue une nécessité.

Et cette rencontre ne peut s’accomplir, au bénéfice de tous, que dans le cadre des principes universels qui doivent impérativement régir notre époque et notre rapport à l’altérité.

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Chers amis,

Ici, en ce lieu, entre les murs de la Grande mosquée de Paris, l’humanisme est et sera toujours le maître mot.

Une mosquée est d’abord et avant tout un lieu de rencontres.

Ici on vient se livrer au divin, par nos prières et par l’adoration que nous lui vouons.

Ici, on côtoie nos coreligionnaires pour échanger et débattre avec eux et ainsi entretenir le lien qui nous rassemble et nous unit.

Ici on rencontre des concitoyens ou des touristes étrangers curieux de découvrir les lieux témoins de l’islam avec le plaisir d’admirer, durant leurs déambulations au travers des allées, une architecture particulière qui a su s’intégrer dans le style haussmannien si spécifique à cette ville monde qu’est Paris et qui a su, à son tour, accueillir en son sein ce lieu magnifique.

Aujourd’hui, la Grande Mosquée de Paris, beaucoup l’ignorent, est devenue l’un des lieux les plus visités de la capitale.

Des touristes en provenance d’Alger, de Tunis, de Dakar ou de Rabat, d’autres fois de Tokyo, de Bruxelles, du Caire ou de New York, mais aussi de Marseille, de Lyon, de Bordeaux ou de Lille passent nous rendre visite, même lorsqu’ils ne sont pas musulmans.

Ici enfin, plusieurs personnalités, de différentes confessions, musulmanes et non musulmanes, ont franchi cet espace en la circonstance d’une commémoration officielle ou d’une simple visite de courtoisie.

Ils y viennent de passage pour accomplir une prière ou pour échanger sur des questions philosophiques.

La mosquée restera, comme le veut sa tradition, un lieu de débats, de rencontres et d’échanges.

La Grande Mosquée de Paris, à vocation cultuelle, se prête naturellement à la noble mission de promotion de la culture et du savoir dans un esprit de cordialité et de convivialité qui ne peut fleurir que dans la paix et la sérénité.

Il est de mon devoir, il est de ma responsabilité de veiller sur cette prestigieuse institution religieuse dans la continuité des traditions et des valeurs qu’elle a prônées et qu’elle a toujours défendues.

Je me fais l’obligation de sauvegarder, de préserver, et de faire prévaloir la disposition d’ouverture de l’esprit indispensable au dialogue fructueux.

Ainsi donc, je m’inscris dans la continuité de ce que mon honorable prédécesseur, le Dr Dalil Boubakeur, a impulsé et poursuivi durant son long mandat.

À ce titre, mais pas seulement, je lui exprime ma reconnaissance et mes hommages.

Solennellement, permettez-moi donc, de lui adresser mes plus vifs remerciements pour ses efforts, inlassablement prodigués et ses sacrifices pleinement consentis.

Cette manière d’être et d’agir du Dr Dalil Boubakeur s’inscrit dans une chaîne de transmission, c’est le lègue du père, le cheikh Hamza Boubakeur qui, dès 1957, s’est vu conférer la chaire du rectorat de la mosquée.

Il a su dépasser tous les remous de la politique et de la diplomatie pour servir de trait d’union, de pont, entre les deux rives de la méditerranée.

Le fils, dans la lignée du père, assura cette mission, avec la même intelligence et la même finesse, durant ces 28 dernières années au cours desquelles il a été un continuateur et un innovateur dans la définition du rôle de la mosquée dans une France héritière de la révolution de 1789 et de sa devise : Liberté-Égalité-Fraternité. Devise en parfaite concordance avec l’islam instruisant la tolérance, la paix, la fraternité, la concorde.

C’est là, l’entendu vrai et unique de l’islam en écho avec les valeurs de la République.

Le maître Dalil Boubakeur, oui parce qu’il a été pour moi un maître, s’est attelé au cours de son mandat à veiller à la conjonction heureuse des idéaux républicains et islamiques en œuvrant pour la dissipation des obstacles artificiels qui surgissent au gré des aléas des conjonctures sociales et historiques.

La tâche n’est pas aisée, elle requiert conviction et persévérance et c’est ce par quoi s’est distingué le Dr Dalil Boubakeur et c’est ce pour quoi je le salue, en le remerciant par ailleurs pour sa confiance en moi.

Moi qui pris acte de son soutien à ma candidature pour lui succéder. Candidature appuyée par les membres de la société des Habous et des Lieux Saints de l’islam.

Le Dr Dalil Boubaker me passe ainsi la main et j’ai bien conscience de la tâche délicate qui désormais m’incombe.

Préserver les acquis et aller de l’avant.

Dans cette perspective, ma première décision administrative a été de nommer, dès ce lundi, un Directeur général, M. Mohamed Louanoughi, le plus proche collaborateur de mon prédécesseur et à qui désormais incombe la mission de gestion de la Grande Mosquée.

Ce n’est pas un cadeau que je lui fais, c’est une lourde responsabilité que je lui accorde sachant que la Grande Mosquée est en permanence ouverte et que ses services fonctionnent souvent dans l’ininterruption.

Merci, mon cher Mohamed, des efforts que vous n’avez eu de cesse de déployer pour la bonne marche de notre institution, et, j’en suis convaincu que vous ne ferez pas dans l’économie pour toujours mieux vous déployer dans l’accomplissement de votre charge administrative.

Si l’un de mes soucis majeurs s’attache au maintien de la ligne de conduite déjà tracée dans l’exercice des prérogatives et attributions de la Grande mosquée de Paris, c’est parce que j’ai conscience de la nature de la charge qui m’attend et j’imagine aisément quelles peuvent être les doléances des citoyens français et de ceux parmi eux de confession musulmane.

Que puis-je rajouter à cet exposé lorsqu’on a le privilège de diriger cette prestigieuse institution ?

Que puis-je formuler qui n’a été déjà exprimé avec vigueur et énergie lorsque nous échoit la qualité de représentant des fidèles d’une religion, la mienne, religion parfois, souvent même, manipulée à des fins obscures, lorsqu’elle est incomprise par ignorance ou par refus et que son sens s’en trouve dévoyé, d’autres fois, lorsqu’elle est insuffisamment ou mal portée par ceux dont ils s’en réclament.

À l’écart de la langue de bois et des propos creux, qui risquent de vous ennuyer et particulièrement la presse ici présente, je vais essayer d’être le plus clair possible en espérant en retour que vous serez les ambassadeurs fidèles du propos qui est le mien.

Je peux d’ores et déjà vous dire, que je suis guidé par le principe inaliénable de promouvoir l’islam générateur de tolérance, de paix, de fraternité, de progrès, de stimulation de la pensée rationnelle, tout cela qui construit des arches de dialogue dans tous les domaines de préoccupation de l’homme.

Ce sont là, les principes que la Grande mosquée de Paris observe. Ce sont là aussi les valeurs que mes grands-parents ont transmises à mes parents. Et ce sont également les principes que mes parents m’ont transmis. Je m’inscris donc depuis ma tendre enfance dans cet héritage spirituel qui m’invite à la transcendance, m’enseigne l’altruisme et l’éthique.

Ils ont été sans cesse clamés avec une profonde conviction et rappelés inlassablement et surtout en ces temps difficiles où la menace terroriste s’est amplifiée, induisant des tragédies insoutenables et malheureusement récurrentes qui ébranlent constamment notre société.

Évoquant cela, mes pensées vont à toutes les victimes du terrorisme et j’adresse à leurs proches, comme aux blessés, l’expression de ma profonde solidarité.

Le recteur de la Mosquée de Paris que je suis ne cessera de dire son rejet, sa désapprobation, sa condamnation et même son dégoût, de toute violence, de quelque nature qu’elle soit et surtout lorsqu’elle s’exerce au nom de ma religion : l’islam.

Parce que là, il y a redoublement de crime : atteinte à l’homme et atteinte à l’islam jeté dans les rets de l’instrumentalisation au service de quelques funestes desseins.

Cette violence, outre le mal et les drames qu’elle provoque, génère d’autres souffrances, d’autres blessures, dites collatérales celles-ci, auprès de l’écrasante majorité des musulmans qui savent, au plus profond d’eux-mêmes et probablement mieux que quiconque que leur foi leur interdit la haine et le crime.

Ici, dans cette mosquée et à partir de cette mosquée, je veillerai à réinstaller la dimension spirituelle originelle de l’islam.

En islam cela s’appelle (Al-Tazkiya = التزكية).

Cela qui invite le musulman et lui intime l’obligation de centrer sa vie autour de l’éthique et de se rappeler la présence divine, avant tout acte.

C’est ainsi que toute action, aussi banale soit-elle, enveloppée de l’éthique musulmane, devient un acte d’adoration et donc de fait une ode pour la bienveillance et la fraternité dont la visée première est l’harmonisation des rapports entre le citoyen de confession ou de culture musulmane et la société française, et sa longue tradition judéo-chrétienne, à laquelle il appartient désormais.

La France, mosaïque culturelle et cultuelle, Babel linguistique plutôt que tour d’ivoire, c’est ce à quoi nous aspirons pour que règne la félicité.

M’inscrivant dans ce sillage, je déploierai, auprès de mes équipes, toute mon énergie pour prévenir toute forme de radicalisation et d’exclusion.

Nous nous élèverons et combattrons toute tentative d’idéologisation de l’islam qui ne peut conduire qu’au rabaissement de notre religion et à la désagrégation de notre société.

L’islam est un acte de foi régi par des préceptes religieux, je l’ai dit, une éthique, une spiritualité.

L’islam ne doit pas et ne saurait être au service des ambitions et stratèges politiques.

Nous ne devons pas permettre que notre religion soit détournée de sa vocation pour servir des intérêts étroits et des visées obscures.

Je tiens à le réitérer : le sectarisme et l’obscurantisme sont une atteinte révisionniste portée à l’islam.

Dès ma prise de fonction, j’ai fait à moi-même le serment d’œuvrer à l’instauration et à la promotion de l’esprit solidaire qui se conjugue avec l’esprit d’ouverture.

Je veillerai à ne jamais laisser planer le doute ou l’incompréhension sur la mission de la Grande mosquée de Paris et qui risquerait de creuser le fossé avec la société que nous tous composons.

Cette institution s’est toujours distinguée par sa position claire.

Et elle continuera de l’exprimer et de faire entendre sa voix.

Les musulmans sont chez eux en France.

La plupart sont Français.

Ils doivent agir, se mouvoir et se définir comme citoyens français.

En retour, ils doivent être vus, perçus et considérés comme pleinement citoyens français. Ils ne sont pas des citoyens à part. Ce sont des citoyens à part entière.

Oui ! Je le dis — et j’insiste sur ce point — pour enrayer toute possibilité de malentendu. Je le dis parce que j’entends et je lis des déclarations où souvent des auteurs de mauvaise foi s’interrogent – s’inquiètent sur/de la position des musulmans de façon générale et sur celle de leurs représentants.

Même si ici les choses ont toujours été claires et transparentes je tiens à les réitérer.

Symboliquement, parce qu’il s’agit de ma première rencontre avec les médias, je le souligne pour que les propos soient clairement posés et inscrits, d’une certaine manière dans le marbre : la Grande mosquée de Paris continuera d’exprimer son rejet et sa ferme condamnation du fanatisme et de la violence.

Elle continuera d’œuvrer pour la promotion d’un islam de paix et de concorde.

La Grande mosquée de Paris se veut un lieu de diffusion de la modernité.

Car, ici, toute personne qui y travaille, je pense notamment aux salariés et particulièrement aux imams — auxquels je rends hommage — qui ne cessent de déployer leurs efforts pour que l’islam soit toujours et en toute circonstance en corrélation avec les lois, les règles et l’esprit de la République.

Je rappelle que la Grande mosquée de Paris est composée, depuis 2003, de huit fédérations régionales et donc de plusieurs dizaines d’imams et de responsables régionaux de fédérations que je tiens à remercier de leurs efforts pour garantir un rayonnement national à cette institution, tout en diffusant ses valeurs.

Ces valeurs qui constituent d’une certaine manière l’ADN de cette mosquée animent, je peux me prononcer, l’écrasante majorité des fidèles qui fréquentent ce lieu.

J’insiste sur tous ces points, les valeurs et les principes que nous défendons, parce que mes convictions m’ont toujours dicté que l’éthique musulmane n’est en rien en contradiction avec la lettre et l’esprit de la République.

J’userai donc de toute la pédagogie nécessaire et je redoublerai d’efforts pour rappeler que l’islam, cette religion souvent dévoyée, peut se vivre dans la quiétude complète du fait de sa totale harmonie avec la République.

C’est là un message que je rappellerai avec force à tous mes coreligionnaires musulmans.

Et, assurément, je compte sur votre aide et sur votre professionnalisme.

Les médias ont aujourd’hui un rôle important à jouer.

Je ne leur demanderai jamais de taire des réalités.

Bien au contraire. Je leur demanderai de rendre compte de toutes les réalités.

Mais je me permettrais très amicalement de rappeler que le rôle de toute presse indépendante et sérieuse, soucieuse de déontologie, consiste d’abord à s’assurer du bien-fondé des informations qu’elle communique, de leur véracité.

Nous avons tous constaté les dégâts qu’occasionnent les informations erronées, calomnieuses ou mensongères qui se trouvent amplifiées par les réseaux sociaux, la conséquence de tout cela aboutit indéniablement à la fragilisation de la démocratie.

À ce sujet, et parmi tant d’autres exemples, je m’interroge sur l’association rapide, simpliste, insistante et nuisible qu’on a tendance à établir —par le raccourci — entre fanatisme et islam.

Que des extrémistes, une minorité, se réclament de l’islam, c’est une réalité que personne ne peut nier.

Mais que l’on réduise systématiquement l’islam, religion qui compte plus d’un milliard d’adeptes, à l’extrémisme relève du mensonge et de la malhonnêteté intellectuelle.

C’est l’un de vos aînées et modèles dans la profession, votre éminente consœur Christiane Collange, ancienne rédactrice en chef de l’Express notamment, qui a pour habitude d’utiliser une phrase que j’aime beaucoup et que je me suis appropriée. Elle dit en effet : « Le racisme commence par la généralisation. C’est-à-dire la bêtise »

Je compte donc sur votre vigilance pour déjouer le piège de la généralisation et donc de la bêtise.

J’en appelle aussi à la conscience et à la responsabilité de chacun pour que l’islam et les musulmans convaincus ne soient pas confondus avec la horde des fanatiques et des extrémistes.

Il est impératif de lever la suspicion qui pèse, comme une fatalité, sur l’islam et ses fidèles.

La posture qui est la mienne me vient de mon double attachement, d’une part à l’Algérie mon pays natal et d’autre part à la France, mon pays d’adoption.

J’ai en effet cette chance de m’être nourri aux sources de ces deux cultures que pourraient incarner d’un côté l’Émir Abdelkader portant d’une main, l’étendard de l’islam et défendant d’une autre des chrétiens d’Orient depuis son exil à Damas et d’un côté des philosophes comme Voltaire ou Rousseau qui m’ont porté vers les Lumières.

Né Algérien, de confession musulmane, devenu Français, je souhaite modestement être une digne figure représentative de cette France qui accorde une place à toutes les religions, à toutes les croyances, à toutes les philosophies et aux non-croyances dans le respect de la laïcité, cette vertu républicaine qui permet à tout citoyen de vivre en harmonie avec tout ce qui relève de son identité première appelée à être multiple.

Né Algérien, de confession musulmane et citoyen français, mon identité est républicaine, comme l’est cette mosquée que j’ai l’immense honneur de diriger désormais.

Le respect des règles laïques est un paramètre essentiel qui permet à toutes les sensibilités de cohabiter pacifiquement sur le territoire de la République. Cette valeur actée par le droit français depuis 1905 ne peut faire l’objet d’aucune remise en cause.

La Grande mosquée de Paris ne cessera de rappeler que la préservation de la laïcité et la consolidation de son cadre est un principe non négociable.

Là aussi, nous déploierons toute la pédagogie nécessaire pour rappeler aux fidèles, victimes parfois de tentatives de manipulation, que l’islam, religion d’ouverture, s’accommode aisément du cadre laïque où il se pratique en toute liberté.

La laïcité parce qu’elle est une facette de la liberté permet à tous les croyants de s’épanouir, dans le cadre de la République.

Et c’est dans le respect de cette même valeur que la Grande mosquée de Paris, membre important du Conseil français du culte musulman, le CFCM, continuera d’œuvrer, dans la concertation, avec nos partenaires institutionnels et ceux représentant les autres fédérations et courants de l’islam pour consolider les instances représentatives de l’islam de France.

Nous allons élire dans quelques jours le bureau du CFCM et j’espère que ce moment démocratique permettra de concrétiser la concertation et de faire prévaloir l’intérêt général sur l’intérêt particulier ou personnel.

Le défi c’est l’image de l’islam. L’enjeu c’est d’être digne dans la représentation des Français de confession musulmane. La finalité, c’est d’être en paix avec nous-mêmes et en harmonie avec notre société.

Pour se faire, peut-être faudra-t-il aussi innover en matière de pédagogie et de communication en ciblant ceux qui paraissent les plus vulnérables du fait même de leurs connaissances sommaires et lapidaires de l’islam.

Suggérer des propositions innovantes en matière d’éducation et en investissant le secteur associatif.

Il y a lieu de proposer et de dynamiser les politiques de conciliation entre les cultures islamique, chrétienne et judaïque à l’image de la composante sociale de notre pays.

Parmi les nombreux défis qui nous attendent, certains seront au centre de mon action : je pense notamment à la bataille acharnée entre le savoir et l’ignorance, entre la modernité et la barbarie, en somme entre le monde des Lumières et celui de l’obscurantisme.

Pour atteindre cet objectif, nous travaillerons pour consolider la représentation de l’islam dans la majorité des départements de France.

De concert avec les pouvoirs publics nous agirons afin que les représentants de l’État puissent avoir des interlocuteurs valables, sérieux et motivés qui auront la tâche, y compris au niveau local, de faire la promotion d’un islam d’ouverture.

Mesdames et Messieurs les représentants des médias.

La tâche qui est la mienne ne sera pas aisée, je le sais.

Mais elle n’est pas insurmontable non plus surtout lorsque la volonté de tous se prononce.

J’ai besoin de votre soutien pour triompher de ce qui mine notre cadre de vie.

Mes engagements, vous en avez pris connaissance, mais je crains leur faillite si, en parallèle perdurent et prospèrent la haine contre les musulmans, l’amalgame, le culte du racisme, la litanie du « péril musulman » qui intègre, très souvent, des discours et des lectures populistes à la mode.

Il faut bien le reconnaître, la construction de cette stéréotypie propice à la stigmatisation, à la hiérarchisation des cultures et des cultes est en marche et l’on est dans l’urgence de stopper cette dérive meurtrière qui attise la discorde et la haine.

L’islam, comme objet d’études et de recherches tant historiques qu’analytiques est dans l’ordre des choses pour les épris de la connaissance et du savoir.

Depuis au moins trois siècles les Occidentaux, dont les Français, tout particulièrement, comptent d’éminents islamologues qui se distinguent par la finesse d’analyse sans verser dans l’opprobre qui caractérise maints discours dans ce triste présent contemporain.

Pour combattre cet autre fléau qui menace l’équilibre de notre société, je vous invite vous médias à le battre en brèche de la manière la plus énergique et dans l’unique souci de la défense de la République de concert avec nous autres qui condamnons l’infâme d’où qu’il vienne et surtout lorsqu’il est commis par ceux qui se disent musulmans, et en cela ils mentent délibérément parce que l’islam est une religion d’amour.

On ne le dit pas souvent, il faudra bien remédier à cette lacune dans l’enseignement théologique comme dans les prêches.

Nous devons, les uns et les autres trouver, dans la concertation mutuelle permanente, le chemin de l’intelligence à même de faire advenir le respect réciproque

Au regard de la lettre et de l’esprit de la République, j’userais de tous les moyens légaux pour dire notre refus du racisme. Et nous continuerons ici de condamner toute forme de racisme.

Je serai à la fois ferme quand des musulmans seront visés, de même lorsque des individus se réclamant de l’islam useront de propos ou d’actes haineux à l’égard de nos concitoyens, quelle que soit leur obédience religieuse, y compris les agnostiques et les athées parce que nous sommes, avant tout, frères en humanité. Ne l’oublions pas !

Il y a presque un siècle, le 19 octobre 1922, le « premier coup de pioche de la fondation du Mihrab » de la mosquée de Paris est donné en hommage aux milliers de musulmans morts pour la France durant la Première Guerre mondiale, geste de reconnaissance et tout autant « geste de conquête des cœurs ». C’est donc à la fois, par le sang versé et par le bon sentiment d’accueil de l’Autre, le musulman en ce qui nous concerne, que l’historique Grande mosquée de Paris devient le lieu symbole d’amitié et de fraternité en cette France encore grandie par son cosmopolitisme, son brassage culturel et confessionnel.

Aussi, le recteur de la Grande mosquée de Paris, que je suis désormais, fidèle à une vieille tradition, se voudra, en toute circonstance et en tous lieux, la cheville ouvrière de la démonstration et l’application de l’islam éclairé propice au dialogue.

Je vous remercie Mesdames et Messieurs de votre attention et je serai ravi de répondre à vos éventuelles questions.

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