Fin de l’interdiction des cérémonies religieuses avancée pour la Pentecôte : l’incompréhension de la Grande Mosquée de Paris

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Communiqué

Pourquoi la Grande de mosquée de Paris pourrait saisir les tribunaux ?

Depuis que notre pays fait face, à l’instar de la communauté internationale, à l’épidémie du coronavirus, la Grande Mosquée de Paris (GMP) a très vite mobilisé ses ressources et l’ensemble de ses réseaux pour prendre part aux actions citoyennes visant à faire respecter les mesures de prévention susceptibles de ralentir l’évolution de la maladie.

Aussi, dès le 7 mars 2020, avant même la publication du décret officiel codifiant les règles de confinement, la GMP a décidé, en toute responsabilité et en accompagnant ses décisions d’une sensibilisation des fidèles, de suspendre toutes les cérémonies religieuses et les prières collectives, y compris celles du vendredi qui constituent pourtant une pratique importante dans le culte musulman.

Dès le début du confinement national le 17 mars, les autorités de la Grande Mosquée de Paris et de sa Fédération nationale ont procédé à la fermeture de tous leurs lieux de culte. Elles ont multiplié les appels en direction de la communauté musulmane pour amener tous ses membres à respecter scrupuleusement les mesures préconisées par les scientifiques et mises en pratique par les pouvoirs publics. La GMP a voulu prendre toute sa part afin que le civisme et la citoyenneté soient au service de la collectivité. À aucun moment l’intérêt général n’est passé après les désidératas communautaires particuliers.

À la veille du Ramadan, la GMP a décidé, là aussi en toute responsabilité, d’annuler toutes les prières collectives, notamment les « tarawih » – prières surérogatoires chères aux fidèles durant ce mois sacré. Elle a ensuite annoncé, au lendemain de la présentation du « plan de déconfinement » par le Premier ministre, alors que le Ramadan venait de débuter, l’annulation de la prière de l’Aïd prévue probablement le 24 mai. Cette décision fut prise après que les pouvoirs publics eurent décidé d’interdire la tenue de toute cérémonie religieuse avant le 2 juin 2020.

Si nous tenons à exprimer aujourd’hui notre stupéfaction et notre déception, c’est en raison de revirements inexpliqués opérés par l’exécutif, qui annonce l’éventualité de célébration d’offices religieux au sein des lieux de culte avant la date prévue, soit dès le 29 mai, pour permettre l’organisation de cérémonies religieuses liées aux fêtes juive et chrétienne de la Pentecôte.

Cette approche ne sert ni la République, ni la société, ni le combat contre la pandémie.

Cette décision qui se dessine installerait de fait une inégalité entre les citoyens. Les musulmans, liés à la Fédération nationale de la GMP, que j’ai l’honneur de représenter, ne comprendraient pas cette mesure inique du « deux poids deux mesures », la fête de l’Aïd n’étant séparée de la Pentecôte juive et chrétienne que de quatre jours.

Par conséquent, si cette « dérogation » venait à être accordée aux autres communautés religieuses à compter du 29 mai 2020, ce qui de facto exclurait le culte musulman, la GMP demandera instamment aux pouvoirs publics de fixer le 24 mai comme date de reprise de célébration des cérémonies religieuses pour tous les lieux de culte sans exclusion.

La fête de l’Aïd qui clôture le mois sacré du Ramadan est aussi importante que la pentecôte juive ou chrétienne.

À défaut, la Grande Mosquée de Paris se verra malheureusement dans l’obligation d’user de tous les moyens légaux pour défendre les intérêts moraux des musulmans de France. Elle étudiera notamment la possibilité d’une saisine des juridictions compétentes pour dénoncer un fait grave de discrimination manifeste.

Chems-eddine HAFIZ
Recteur de la Grande Mosquée de Paris