La GMP accueille la formation Sciences Po Emouna

La Grande Mosquée de Paris accueillait aujourd’hui la formation de Sciences Po « Emouna – L’amphi des religions ».

« Emouna – L’amphi des religions » un programme de formation qui résulte d’une initiative de représentants des grandes communautés religieuses présentes en France. Dans le contexte actuel, ces derniers ont en effet éprouvé le besoin de renforcer les liens qui les unissent et de mieux former leurs responsables, par un dialogue favorisant une meilleure connaissance mutuelle. Le tout afin de mieux assumer leur juste place dans la laïcité et la culture françaises.

Par des méthodes pédagogiques éprouvées, Emouna vise à renforcer les connaissances et compétences de ses participants. Soit à leur apporter notamment des savoirs objectifs sur les religions et la laïcité, ainsi qu’à améliorer le dialogue interreligieux comme les relations entre les responsables des cultes et le reste de la société.

Allocution de bienvenue de M le Recteur Chems-eddine Hafiz :

Mesdames, Messieurs,

Il y a moins d’un an, j’ai eu le plaisir de vous accueillir en ce lieu consacré à l’élévation vers Dieu, à la rencontre des hommes et de leur foi.

Vous le savez, la Grande Mosquée de Paris veille sur la vie de l’Islam en France, sur sa mémoire et son présent au sein de notre société.

L’institution que je dirige a compris que cette mission fondamentale ne saurait être accomplie sans le dialogue interreligieux.

Votre présence aujourd’hui constitue un pas supplémentaire sur le chemin où convergent nos préoccupations : celles de la fraternité religieuse et de la fraternité humaine.

Je remercie donc vivement l’Institut d’études politiques de Paris ainsi que les fondateurs, les invités et les participants de la formation Emouna pour nous avoir une nouvelle fois sollicités.

Mesdames, Messieurs, l’année que nous venons de traverser fut extrêmement difficile.

La pandémie de covid-19 nous a meurtri. Les fidèles ont été éprouvés. Il se sont vus refusés la nécessité de se recueillir et de prier dans les lieux de culte, la joie de se réunir pour une célébration religieuse et le devoir d’accompagner dignement un proche dans la mort.

Aussi, les attentats perpétrés au nom de l’islam, par des hommes qui dévoient ce que nous avons de plus cher, furent insupportables.

Il est toutefois heureux que le désespoir ne l’ait pas emporté. Je salue combien chacun a pris la mesure de ses responsabilités et combien les actes de solidarité ont préservé notre cohésion.

Je vous dis aujourd’hui mon émotion d’avoir vu l’un de mes coreligionnaires prendre soin de son voisin âgé et isolé, un autre se rendre fraternellement à l’église au lendemain de l’attentat de la basilique de Nice, ou encore un imam – l’un des miens – composer un poème à la mémoire de Samuel Paty et pour la protection de la France.

Ces petits gestes donnent confiance en l’avenir. Ils témoignent de la beauté et de l’universalité de l’éthique religieuse. Ils nous rappellent que l’acte de bonté est un acte de foi, premier et profond.

En septembre dernier, Monseigneur Henri Teissier, archevêque émérite d’Alger, était l’invité de notre cycle de conférence baptisé « Les Mercredis du Savoir ». Malheureusement décédé quelques semaines plus tard, Monseigneur Teissier avait consacré son existence à celle qu’il appelait sa petite église chrétienne, sans fidèles, dans le vaste pays d’Algérie.

Je garderai toujours en mémoire son témoignage des années noires de l’Algérie, de la réaction des villageois de Tibhirine après l’assassinat des moines, qui lui avaient dit : « les dangers sont là, mais si vous êtes là avec nous, on les vit avec espoir ».

Cet enseignement me va droit au cœur : les plus grandes fraternités naissent des jours les plus sombres.

Mesdames, Messieurs,

Il est heureux que cette journée d’étude ait pu se tenir, que l’exploration et le débat intellectuel puissent continuer malgré les circonstances que nous connaissons.

Sachez que la Grande Mosquée de Paris sera toujours le foyer pour celles et ceux qui se vouent à la connaissance et qui, ce faisant, invitent à la rencontre de l’Autre.

Chems-eddine Hafiz
Recteur de la Grande Mosquée de Paris