Les Imams de la Grande Mosquée de Paris réunis pour un séminaire sur la prévention de la radicalisation

Mercredi 1er juillet, les Imams de la Grande Mosquée de Paris se sont rassemblés dans le cadre d’un séminaire intitulé « La Prévention de la Radicalisation ». Ils ont pu réfléchir et échanger sur ce thème difficile au cours d’une journée de travail, qui a débuté par l’allocution du Recteur Chems-eddine Hafiz, retranscrite ci-après.


Chères sœurs, Chers frères,

Assalamou Alaykoum Wa Rahmatou Allah Wa Barakatouhou

Je suis honoré et fier de vous accueillir ce matin dans votre mosquée, cette belle Grande Mosquée de Paris qui, grâce à chacun d’entre vous, continue de rayonner en diffusant le message d’un islam authentique, fidèle à ses valeurs et à son éthique. Un islam ouvert sur le monde et sur les autres.

Avant d’aborder le fond des sujets que je voulais évoquer avec vous, je tenais à avoir une pensée pour notre frère Cheikh Ahmed AMRI décédé il y a de cela quelques semaines du Covid19.

Je vous invite à prier pour son âme et pour qu’Allah lui accorde une place dans son vaste Paradis et qu’Il aide sa famille à trouver la paix, le réconfort et la patience nécessaire devant ce genre d’épreuve.

Comme vous le savez, j’ai pris mes fonctions de Recteur de la Grande Mosquée de Paris le 11 janvier dernier, il y a déjà six mois, et nous avons dû nous mettre immédiatement au travail pour ouvrir un certain nombre de dossiers.

J’ai demandé à vous faire distribuer un document pour que vous puissiez voir l’ensemble des actions que nous avons lancées et ainsi vous dire que je compte sur chacun d’entre vous pour mener à bien ces actions qui sont importantes.

Naturellement, la crise sanitaire que je viens d’évoquer nous a tous perturbés et a retardé quelques-unes de nos missions.

À ce sujet, j’attire votre attention sur le fait qu’il faut demeurer à la fois vigilant et discipliné, car le virus est toujours présent et tant qu’un vaccin ne sera pas découvert, cette maladie continuera de guetter chacun d’entre nous et tous les fidèles qui fréquentent nos mosquées.

Nous avons donc un devoir de pédagogie et de prévention à accomplir afin de préserver la santé et la vie de nos coreligionnaires et de nos compatriotes.

Notre communauté, vous le savez, fait face à plusieurs défis.

Des forces diverses et variées tentent depuis plusieurs années d’instrumentaliser notre religion et de manipuler notre jeunesse à des fins idéologiques et politiques.

Nous venons tous d’un pays, l’Algérie, qui a subi très tôt ces phénomènes extrémistes qui provoquent la fitna et qui divisent la communauté et y compris parfois les enfants d’une même fratrie.

Ce mal de l’extrémisme est toujours présent.

C’est la raison pour laquelle, avec l’aide de plusieurs d’entre vous, j’ai tenu à faire diffuser la charte de l’imam pour la prévention de la radicalisation.

À travers cette initiative, j’ai voulu montrer que vous n’avez aucun problème ni aucun tabou à aborder ce sujet épineux, mais aussi démontrer que la Grande Mosquée de Paris comptait bien assumer ses responsabilités pour préserver, notamment, notre jeunesse musulmane de France, de possibles manipulations.

C’est une action importante, un devoir que nous devons accomplir.

D’un autre côté, j’ai voulu inscrire les missions de la Grande Mosquée de Paris autour d’une communication plus efficace, d’un meilleur partage de la connaissance et d’une formation continue qui doit nous permettre collectivement de faire accroître notre savoir conformément d’ailleurs aux préceptes de notre belle religion musulmane qui nous incite à nous instruire de la naissance jusqu’à notre mort.

Je souhaiterais qu’au fur et à mesure que nous développions nos connaissances, nous allions, dans un souci de partage, vers nos coreligionnaires et en direction de la société française dans le respect mutuel et la bienveillance, car il nous faut lutter contre les préjugés et les malentendus et nous ouvrir sur les autres encore davantage. 

Dans cette perspective, le 30 janvier dernier, j’ai installé le Conseil supérieur de la science et de la culture présidé par le Professeur Ahmed Djebbar.

Cette instance a désormais comme objectif de créer des moments de débat, d’organiser des conférences, afin de faire rayonner la religion musulmane sur le plan culturel et intellectuel.

Il nous faut expliquer la réalité de notre religion et rappeler la richesse de la civilisation musulmane.

Il y a plusieurs projets en cours qui sont tous liés.

Ils visent d’abord à donner une nouvelle impulsion à la Grande Mosquée de Paris, qui doit redevenir un acteur central de l’islam de France.

Ils ambitionnent également à hisser le niveau de notre offre théologique. En d’autres termes nous devons être à la hauteur des attentes légitimes pour satisfaire, à la fois, aux demandes des croyants, mais aussi pour représenter notre religion avec sérieux et dignité.

Enfin, il est question de défendre les intérêts moraux de notre communauté et de ne laisser personne bafouer ses droits.

À ce sujet, notre action doit être claire : nous devons être irréprochables et proposer une excellente image de notre religion, mais aussi être intraitables et ne laisser personne piétiner la dignité des musulmans.

Ce sont tous ces messages que je souhaiterais vous voir transmettre aux fidèles.

Avec bienveillance et pédagogie, nous devons expliquer les enjeux de notre époque et aider la communauté à vivre en harmonie avec la société.

Pour ce faire, je vous invite à vous inspirer de la charte des imams que nous avons diffusée pour inclure dans vos dourouss et khotba des enseignements tirés de notre belle religion, pour inciter nos coreligionnaires – notamment la jeunesse – à privilégier « l’ordonnance du bien et l’interdiction du mal », en arabe : « الأمر بالمعروف والنهي عن المنكر »

Vous savez mes chers frères que l’islam repose sur ces deux principes.

Ordonner le bien et proscrire le mal.

Ordonner le bien d’abord pour soi-même, c’est-à-dire avoir cette exigence de répandre le bien, ensuite l’enseigner, l’encourager dans son entourage et le diffuser encore et encore.

Et évidemment proscrire le mal.

Lutter en premier lieu contre ses propres démons et transmettre cela autour de soi-même.

Il convient de lutter contre les mauvaises intentions, les mauvaises paroles et les mauvais actes.

Ainsi il nous appartient à tous, collectivement, de sublimer notre belle religion, souvent méconnue, dévoyée et maltraitée par des gens qui pourtant s’en réclament. 

Notre responsabilité nous incombe à veiller à la préservation de l’éthique musulmane, car c’est elle qui doit guider nos actions en chaque instant.

Pour conclure, je veux vous dire que la Grande Mosquée de Paris, que j’ai l’honneur de diriger, compte sur vous et sur votre mobilisation.

Mais elle restera, et moi le premier, toujours à votre écoute.

N’hésitez pas à faire part de vos remarques et à partager vos idées.

Je serai attentif à vos observations et à vos propositions. C’est un travail d’équipe que nous sommes en train de réaliser.

Je vous souhaite à tous du succès dans vos missions.

Qu’Allah guide nos pas et nos actions afin que nous puissions atteindre nos objectifs, servir notre religion et notre communauté avec sérieux et dignité et ainsi être au service de notre culte.

Wa Assalamou Alaykoum Wa Rahmatou Allah.

Le Recteur de la Grande Mosquée de Paris

Chems-eddine HAFIZ


 

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