Les imams de la Grande Mosquée de Paris réunis pour un séminaire

Pour la troisième fois cette année, les imams de la Grande Mosquée de Paris, venus de toute la France, se rassemblent à l’occasion d’un séminaire.

La journée de travail, faite d’interventions et de débats, en présence du Recteur Chems-eddine Hafiz et du Directeur général Mohammed Louanoughi, porte sur le thème : « Quand se termine la pratique islamique et quand commence la politique islamiste ».

DISCOURS DE CLÔTURE DE M. LE RECTEUR :

Mes chers frères,

Essalamou Alaykoum Oua Rahmatou allah

Vous avez passé plusieurs heures à travailler sur un sujet important qui a souvent été nié.

Je ne vais donc pas être très long.

Mais avant de vous libérer, je voulais quand même vous dire quelques mots.

Avant toute chose, je tiens à vous remercier pour votre implication.

Je peux vous dire du fond du cœur que je suis fier de travailler, de représenter la Grande Mosquée de Paris auprès d’imams comme vous.

Votre sérieux, votre engagement nous permettent de faire avancer des projets importants et d’être dignes des responsabilités qui pèsent sur nos épaules, vous en tant qu’imams et moi en tant que recteur.

Ensuite, j’avais eu déjà l’occasion de vous énumérer, lors de précédentes rencontres, les principales actions que nous devrons mener afin de réaliser un certain nombre d’objectifs.

La première de ces actions concerne la prévention de la radicalisation et la lutte, par la pédagogie et la bienveillance, contre toute forme d’extrémisme. Vous pouvez me questionner sur les raisons qui m’amènent à m’impliquer sur un sujet aussi complexe.

Oui vous pouvez m’interroger sur mes motivations.

Je vous répondrai que je suis originaire, comme vous tous, d’un pays qui a goûté aux affres du fanatisme et de l’extrémisme et je ne souhaiterais pas que des êtres humains, quelle que soit leur croyance, subissent ce qu’ont subi les Algériens.

Je veux aussi être fidèle à nos principes islamiques, y compris ancestraux. Faut-il rappeler que nous soyons citoyens de ce pays ou des résidents étrangers que nous avons des devoirs envers la France.

Nous sommes « Fi Dar Al-Ahd », la « terre du Pacte ».

Qu’est-ce que la terre du pacte ?

Historiquement, il s’agit du territoire non géré par une autorité musulmane dans lequel vivent en paix des musulmans.

C’est notre cas.

Et je tiens à le marteler, nous musulmans n’avons aucun lien avec ces mouvements extrémistes, ces esprits malades, qui instrumentalisent et manipulent nos textes sacrés pour essayer de justifier leur haine, leur déviance, laissant leurs pulsions et leurs pensées radicales favoriser le chaos et la destruction.

Mais ce n’est pas tout.

Je n’accepte plus, comme la majorité des musulmans, que notre religion soit associée à la violence et à l’obscurantisme.

Je veux être digne de cette religion à laquelle je suis attaché, je ne veux pas, en tant que représentant du culte, répondre demain, devant mon Créateur, d’une paresse ou d’une nonchalance.

Je veux avoir la conscience tranquille et tout essayer pour que l’image de l’islam ne soit plus entachée par des partisans de l’excès et de l’extrémisme.

Je suis en train de vous associer à des projets concrets, car je souhaiterais que la Grande Mosquée de Paris joue pleinement son rôle et assume totalement ses responsabilités.

C’est pour cela que je compte sur votre engagement et vous réitère mes remerciements.

Comme je ne cesse de le répéter : je serai attentif à vos propositions et à vos attentes, car c’est un travail d’équipe que nous sommes en train de réaliser.

Pour être efficaces, nous devons aussi être proches de notre jeunesse et être présents sur les outils de communication qu’elle utilise.

Je vous demande donc de créer, en tant qu’imams, à titre personnel un compte Twitter et de diffuser des messages positifs, de paix, de bienveillance afin de ne pas céder la place aux ignorants et aux extrémistes.

Nous allons coordonner ensemble la diffusion de nos messages qui doivent être conformes à notre idéal islamique.

Oui nous devons être présents et occuper tous les espaces possibles.

Encore une fois je vous transmets mes vifs remerciements pour vos efforts et je vais paraphraser le ministre de l’Intérieur qui nous a rendu visite hier.

Il a écrit que vous étiez le socle de la deuxième religion de France.

Le socle est la « base sur laquelle repose une construction ».

Oui vous êtes un socle et c’est cela votre responsabilité, car de votre solidité dépendra celle de la religion musulmane.

Un pays qui dispose d’imams intelligents, bien formés et ouverts sur le monde et leur époque, ne peut que cohabiter intelligemment avec un islam fidèle au message originel de fraternité.

Un pays qui, a contrario, n’a pas la chance de se reposer sur des imams sérieux s’expose à tous les risques.

Dans une religion, il y a les textes, ensuite il y a ceux qui la représentent.

Si nos textes islamiques nous permettent de vivre en paix et en harmonie avec notre environnement, il est important que ceux qui représentent le culte soient dignes de leur mission.

Alors, mes chers frères, soyons dignes de notre mission.

Qu’Allah guide nos pas et nos actions afin que nous puissions atteindre nos objectifs, servir notre culte et les croyants avec sérieux et dignité et ainsi être au service de notre belle religion.

Oua Essalem Alaykoum oua rahmatou Allah

Chems-eddine HAFIZ
Recteur de la Grande Mosquée de Paris