Fondateur et directeur de l’Institut Musulman de la Grande Mosquée de Paris de 1922 à 1954

Si Abdelkader Ben Ghabrit naît en 1873 à Sidi-Bel-Abbès en Algérie, dans une famille originaire de Tlemcen.

Conformément aux traditions des grandes familles musulmanes, le jeune homme poursuit de bonnes études à la Médersa d’Alger (la Thaalibiya) et de Fès (la Qarawiyyine) où il acquiert une solide formation française et arabe. Grâce à cette double formation il entre dans l’administration marocaine qui recherche les anciens élèves des « Médersas » pour mettre a exécution la réforme administrative lancée par le Roi Hassan 1er. Dès 1895, son successeur le Roi Moulay Abdelaziz accorde la nationalité marocaine aux Algériens résidant au Maroc, où de nombreuses populations de l’Ouest et Sud Ouest algérien avaient trouvé refuge devant la conquête française de l’Algérie.

En 1904 Si Kaddour ouvre une Ecole franco-arabe à Tanger et prend les fonctions de Drogman, ou interprète bilingue, dans le cadre des relations des Français avec le palais marocain. Très vite devenu indispensable au progrès des discussions qui allaient aboutir aux accords du protectorat français sur le Maroc, il est considéré par de nombreux diplomates (Revoil, Saint Aulaire, plus tard Lyautey) comme l’homme d’une grande destinée et d’un grand dévouement à la France.

Il est nommé Directeur du Protocole chérifien, puis Ministre Plénipotentiaire. Son rôle est partout apprécié et lui gagne la solide amitié du Maréchal Lyautey, qui lui vaut de faire partie de la « mission française » qui se rend en 1916 au Hedjaz pour le pèlerinage à la Mecque.

En 1917 Si Kaddour fonde à la Mahakma d’Alger (tribunal civil ou cadi) la Société des Habous et Lieux Saints de l’Islam sous forme d’une Association Cultuelle musulmane destinée à faciliter le pèlerinage des pèlerins de l’Afrique du Nord française en faisant l’acquisition de deux hôtelleries à Médine et à la Mecque.

En 1920 la Société des Habous et Lieux Saints de l’Islam est déclarée à la Préfecture d’Alger comme Association de la Loi de 1901 ayant pour objet la construction à Paris d’un Institut et d’une Mosquée qui symboliseraient sur le sol français l’amitié éternelle de la France et de l’Islam, mais aussi le sacrifice des milliers de soldats musulmans tombés durant la première guerre mondiale, notamment à Verdun (1916).

kaddour-ben-ghabrit3Patronnée par le Président de la République et les quatre Maréchaux de France (Lyautey, Pétain, Foch et Franchet d’Espéray), l’initiative est renforcée par le vote du Parlement en 1920 d’un budget destiné à la construction de la Mosquée (Rapport E. Herriot).

Des aides diverses apportées par les populations musulmanes d’Afrique du Nord ou d’Orient et de la ville de Paris (qui fait don du terrain) permettent le début des travaux en 1922 et l’ouverture de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris le 15 Juillet 1926 devant le Tout-Paris.

Devenue un centre très actif de la vie parisienne, la Mosquée de Paris, ses annexes (restaurant, hammam) vont vite connaître une vie culturelle intense (peintures, romans, films). Si Kaddour Ben Ghabrit, qui préside les destinées de l’institution, brille à merveille par sa personnalité dans les salons parisiens. Il écrit des pièces et des livres (Abou Nouas ou l’Art de se tirer d’affaire, 1930). II permet aussi aux étudiants musulmans de Paris de célébrer régulièrement les fêtes et les manifestations religieuses à la Mosquée de Paris.

Durant la Guerre 1939-1945, la Mosquée de Paris, par ses caves et son accès à la Bièvre (petit cours d’eau parisien en partie sous-terrain), joue un rôle actif dans le sauvetage de nombreux juifs et de résistants – le regretté ami de la Mosquée Abraham Assouline avance le chiffre de 1700 personnes.

A la libération, jouissant d’une santé fragilisée par un accident de voiture, Si Kaddour Ben Ghabrit organise des conférences dont l’une : « La Primauté de la civilisation Arabe dans le domaine des sciences et la Médecine », prononcée par le Professeur Jacques Risler le 18 Juin 1954, est restée mémorable et a fait l’objet de nombreuses communications.

Les prémices des mouvements nationalistes du Maghreb, qui allaient déboucher sur l’indépendance du Maroc, se manigestent lorsque meurt, le 30 juin 1954 à Paris, celui qu’on appela « le plus parisien des musulmans ».

Si Kaddour Ben Ghabrit était Grand Croix de la Légion d’Honneur. Il est inhumé dans un site réservé au Nord de la Mosquée de Paris selon le rite malékite. Il est l’objet des visites et de commémorations à caractère national tous les ans.