Nuit du Destin : la Grande Mosquée de Paris saisit le Conseil d’État

Communiqué

« Nuit du Destin » :
la Grande Mosquée de Paris saisit le Conseil d’État en référé

Depuis les premiers jours de l’épidémie de Covid-19, les français de confession musulmane ont adopté une attitude exemplaire, admettant les remises en cause de leur pratique religieuse du fait des contraintes sanitaires. En ce mois de Ramadan 2021, toutes les mosquées de France sont fermées pour la prière du matin, ainsi que pour la rupture du jeûne et la prière du soir, en raison du couvre-feu.

Nous avons accepté ces contraintes et trouvé des aménagements pour les compenser.

Mais j’estime qu’il en va différemment pour la « Nuit du Destin », qui correspondra à la nuit du 8 au 9 mai 2021.

La « Nuit du Destin » constitue un rite essentiel pour les musulmans, à savoir la célébration de la nuit au cours de laquelle le Coran a été révélé au prophète Mohammed (Que la paix et le salut soient sur lui) par l’ange Gabriel. Elle débute le soir après la rupture du jeûne et la dernière prière collective, et s’achève à la prière du matin. Elle est un temps béni dédié à la prière, au recueillement, à l’invocation et au pardon.

Ce moment spirituel unique dans la vie des mosquées ne pourrait pas avoir lieu à cause du couvre-feu.

Dès le 21 avril 2021, j’ai saisi Monsieur le Ministre de l’Intérieur pour solliciter une dérogation nationale permettant aux musulmans de se rendre dans leurs mosquées lors de cette nuit très particulière.

Le 28 avril 2021, le gouvernement, qui reconnaît l’attitude « exemplaire » de la communauté musulmane dans l’acceptation des contraintes liées à l’épidémie, a soutenu que les risques sanitaires étaient tels qu’il n’était pas possible de mettre en œuvre pareil aménagement.

Pour ma part, je pense que le débat doit se poursuivre, car notre demande est limitée et raisonnable.

Nous proposons comme aménagement l’ouverture des mosquées – uniquement cette nuit-là – de 21 heures à 2 heures du matin, soit 5 heures consacrées à la prière dans le respect le plus strict des consignes sanitaires.

La liberté de religion incluant la pratique des rites dans les lieux de culte, j’ai donc décidé de saisir le Conseil d’État en référé pour qu’un arbitrage soit rendu par un juge indépendant et impartial.

L’exercice des libertés est si précieux que le recours au juge en est une partie intégrante, et je ferai tout mon possible pour le convaincre que l’aménagement demandé permettra une pratique effective de ce rite religieux sans risques réels de santé publique.

La détermination et le sens du dialogue sont pour moi des maîtres-mots. Dans notre pays, qui est un État de droit et de liberté, le débat devant le juge ne signifie pas l’affrontement mais la recherche d’une garantie.

Bien entendu, quel que soit la valeur sacrée donnée à la « Nuit du Destin », tous les musulmans respecteront la décision du Conseil d’État.

 

Chems-eddine HAFIZ
Recteur de la Grande Mosquée de Paris